Infographie le budget santé des français 2022

A. Le budget santé des Français repart à la hausse
 

  • Au sortir de la pandémie, la santé demeure une préoccupation tout aussi importante pour les Français qu’au cœur de la crise sanitaire. Selon le baromètre d’opinion de la DREES, fin 2020, ils se souciaient davantage de la santé que les années précédentes(1). Ce sentiment ne s’est pas estompé : aujourd’hui, les trois quarts des Français interrogés considèrent les soins de santé comme des dépenses prioritaires pour eux (75%).   

    • Les Français les plus âgés (86% des 65 ans et plus), ceux qui souffrent d’une infirmité physique, d’un handicap ou d’une maladie chronique (81%) et ceux issus des foyers les plus aisés (81% de ceux dont le foyer gagne 3500 euros et plus par mois) attachent une importance particulière aux dépenses de santé. Logiquement, il s’agit des profils qui sont susceptibles d’avoir davantage recours à des soins ou qui ont un budget plus conséquent. A l’inverse, les dépenses de santé sont moins prioritaires pour les jeunes de moins de 35 ans (68%), les personnes qui se sentent en très bonne santé (66%) et celles issues des catégories socioprofessionnelles populaires (70%).
       
  • Bien qu’ils accordent une place centrale à cet enjeu, les Français se heurtent à des obstacles, notamment financiers. En effet, le budget dédié aux soins de santé alourdit considérablement le budget global des foyers français. Près d’une personne interrogée sur deux juge que le budget santé pèse lourd dans ses dépenses (45%) et estime ne pas avoir les moyens de se soigner correctement (44%). Une situation qui pourrait s’aggraver à l’avenir du fait du contexte économique : sept Français sur dix se disent inquiets des effets de l’inflation sur le coût de leurs soins de santé (72%, 28% tout à fait). 42% en perçoivent déjà les conséquences, jugeant que la période actuelle les incite à renoncer à certains soins de santé.
     
    • Les foyers aux revenus modestes se préoccupent davantage du coût de leurs soins santé. 58% de ceux dont le foyer dispose de moins de 2000 euros par mois estiment ne pas avoir les moyens de se soigner correctement (contre 31% de ceux qui gagnent 3500 euros ou plus) et 76% s’inquiètent des effets de l’inflation (contre 61%).
  • Concrètement, près d’un Français sur deux considère que son budget annuel restant à charge a augmenté par rapport à il y a deux ans. Ce sentiment, en retrait en 2021, progresse cette année de 9 points et concerne désormais 48% des Français. La part de Français qui considèrent qu’il est resté le même ou qu’il a diminué recule quant à elle : 44% déclarent que leur budget n’a pas changé (contre 49% en 2021) et 8% qu’il a diminué (contre 10% en 2021). Dans les faits, le budget santé déclaré par les interviewés repart bien à la hausse cette année. Les Français estiment dépenser en moyenne 48 € de plus qu’en 2021 pour leur santé, avec un budget annuel moyen de 489 €. Si le budget ne retrouve pas son niveau d’avant-crise (529 € en janvier 2020), il s’agit de la plus forte hausse en un an (+11%) observée depuis le début du Sofinscope.
     
    • Ce budget varie fortement selon différents critères. Tout d’abord l’âge est déterminant. Le budget santé des personnes âgées de 65 ans et plus s’élève à 644 € tandis que celui des jeunes de moins de 35 ans est de 385 €. Facteur lié en partie à l’âge, l’état de santé des répondants influe aussi sur le montant du budget santé. Les personnes qui se sentent en mauvaise santé estiment à 637 € leur budget santé annuel restant à leur charge (et 595 € pour celles qui déclarent être en situation de handicap ou souffrir d’une maladie chronique), contre 456 € pour les personnes qui se sentent en bonne santé. Enfin, le niveau de revenus conditionne les montants dépensés dans ce domaine : les personnes dont le foyer gagne 3500 euros ou plus par mois allouent 601 € par an à leur santé tandis que ceux plus modestes (moins de 2000 euros par mois pour le foyer) y consacrent 407€.
       
  • Les habitudes prises pendant la crise sanitaire font partie des facteurs qui expliquent cette hausse du budget santé. En effet, au-delà des adaptations nécessaires à court terme pendant la pandémie (fort renoncement au soin par crainte des risques encourus dans les hôpitaux, actes et consultations reportés, prépondérance de la téléconsultation), la crise sanitaire est perçue par près d’un Français sur deux comme ayant eu un impact à long terme sur leurs habitudes (47%), avec des répercussions financières plus négatives que positives. 40% ont par exemple modifié leurs habitudes en termes de produits d’hygiène et pour la moitié d’entre eux cela leur coûte désormais plus cher (21%, soit +5 points par rapport à 2021). C’est le cas aussi pour les consultations de thérapeute qui se sont répandues depuis la crise sanitaire (24%, dont 14% pour qui cela coûte désormais plus cher, soit +7 points par rapport à la vague précédente).


B. Le recours à des facilités de paiement, un complément voire une alternative au changement de mutuelle pour financer des soins de santé
 

  • Comme lors de la vague précédente, les soins optiques et dentaires restent les soins qui pèsent le plus dans le budget santé annuel des Français, désormais ex aequo (31% pour les deux, +1 point depuis 2021 pour les soins optiques, +3 points pour les soins dentaires). Ils font dans ce contexte partie des soins auxquels les Français renoncent le plus pour des raisons financières, et davantage par rapport à la dernière mesure. Trois Français sur dix ont ainsi déjà remis à plus tard ou renoncé à l’achat de lunettes, lentilles ou de prothèses dentaires et auditives (37%, +1 point depuis 2021) ou à une consultation chez le dentiste (31%, +6 points). Le renoncement aux dépenses de santé progresse de manière globale : désormais, une majorité de Français a déjà renoncé à au moins une dépense de santé (52%, +4 points). Parmi les autres types de dépenses, l’abandon de consultations chez un spécialiste (32%, +6 points), d’achat de petits matériels médicaux (22%, +3 points) ou encore de consultations chez le généraliste (16%, +5 points) est également en hausse.

  • Quand ils n’y renoncent pas, les Français usent de plusieurs méthodes pour financer des soins de santé. Une partie d’entre eux a toujours recours au changement de mutuelle mais moins qu’auparavant (20%, soit -6 points par rapport à 2021). Il en est de même pour la souscription à une mutuelle complémentaire (21%, soit -8 points par rapport à 2021). Ces méthodes, somme toute radicales et contraignantes, peuvent être évitées grâce à des alternatives qui permettent non pas de réduire le coût global mais de le répartir dans le temps. Les facilités de paiement répondent à ce besoin. 42% des Français y ont déjà eu recours pour financer un soin de santé : 38% ont fait appel au paiement en plusieurs fois, 28% au paiement différé, 8% au crédit.

    • Les facilités de paiement séduisent davantage les profils que les dépenses importantes mettent en difficulté : les jeunes (48% des moins de 35 ans y ont déjà eu recours pour financer un soin de santé), les personnes issues des catégories socioprofessionnelles populaires (53%) ou des personnes les moins aisées (52% de ceux dont le foyer gagne moins de 2000 euros par mois).
       

  • Les soins dentaires, qui font partie des frais de santé les moins bien remboursés, sont ceux pour lesquels les facilités de paiement sont les plus utilisées. Un Français sur deux qui a déjà dû demander un paiement fractionné pour financer un soin de santé l’a fait pour un soin dentaire (59% contre 26% pour un soin optique), de même pour le paiement différé (54% contre 27%) ou le crédit (49% contre 19%).

  • Au-delà des questions de financement, les Français sont contraints de faire évoluer leurs habitudes pour limiter au maximum leurs frais de santé. De manière générale, tous les comportements testés sont en hausse. Les Français font tout d’abord davantage de prévention (et cela depuis plusieurs années), en faisant attention à leurs pratiques pour mieux protéger leur santé (59%, 6 points de plus qu’en 2021). La demande de devis s’est également systématisée. Il peut s’agir d’un devis classique, que 40% des Français demandent plus fréquemment avant d’engager des soins (+9 points), ou d’un devis « 100% santé » (35%).

    • Les personnes plus fragiles sont particulièrement soucieuses d’anticiper et de réduire leurs coûts santé. 44% des Français de 65 ans et plus avouent demander plus fréquemment des devis avant d’engager des soins, de même que 48% des personnes concernées par une infirmité physique, un handicap ou une maladie chronique.

 

C. Les Français diversifient leurs pratiques de santé en intégrant les médecines douces
 

  • En plus de l’inflation et de l’augmentation des coûts de santé, le budget santé des Français est également impacté par une diversification des pratiques. Depuis plusieurs années, les médecines douces ont gagné en notoriété et en crédibilité. A date, a minima un Français sur deux connait au moins une des dix formes de médecine douce testées. Les fleurs de Bach (élixirs floraux qui rétablissent l’équilibre émotionnel) sont les plus confidentielles (mais 54% des Français en ont tout de même entendu parler) tandis que l’homéopathie (94%), l’ostéopathie (92%), l’acupuncture (91%) et la sophrologie (85%) sont très largement connues.
  • Aujourd’hui, plus d’un Français sur deux a déjà eu recours à au moins une de ces dix formes de médecine douce (55%), l’ostéopathie (37%) et l’homéopathie (27%) étant les plus prisées. Ces pratiques sont vouées à se développer car les Français les voient d’un bon œil. 85% ont confiance dans au moins une forme de médecine douce, et logiquement les plus connues sont perçues comme les plus fiables (74% pour l’ostéopathie, 63% pour l’acupuncture, 61% pour l’homéopathie). Néanmoins, même les formes les moins connues suscitent davantage de confiance que de méfiance. Par exemple, 36% des Français ont confiance dans la kinésiologie (pourtant pratiquée par seuls 8% d’entre eux) alors que 23% s’en méfient.
    • Les femmes se montrent davantage sensibles aux médecines douces. 62% y ont déjà eu recours (contre 47% des hommes) et 89% font confiance à au moins une forme de médecine douce (contre 81% des hommes). En revanche, en termes de notoriété l’écart est moindre : 98% des femmes en connaissent au moins une, pour 96% des hommes.
       

  • Un frein majeur à ces pratiques, inégalement prises en charge par les mutuelles, est leur coût. Le budget santé annuel des personnes qui ont recours à la médecine douce est nettement plus élevé que la moyenne : il s’établit cette année à 530 € soit 40 euros de plus que l’ensemble des Français. Par ailleurs, 51% d’entre eux estiment que leur budget santé annuel a augmenté (3 points de plus que la moyenne), une hausse que l’on peut rapprocher d’un évènement survenu début janvier 2021 : l’arrêt du remboursement de l’homéopathie par la Sécurité Sociale. Dans ce contexte, les Français se prononcent massivement en faveur d’une meilleure prise en charge des médecines douces par les mutuelles (80%, 41% tout à fait).

     

En conclusion, cette édition du Sofinscope a fait émerger plusieurs grands enseignements : 

  • Les soins de santé sont considérés comme des dépenses prioritaires pour les Français. Les effets conjoints de la crise sanitaire et de la crise économique actuelle ont des répercussions financières négatives sur le budget santé qui repart à la hausse.
  • Pour contrecarrer les effets à terme des crises successives, les Français sont contraints de renoncer à certains soins, notamment optiques et dentaires qui pèsent le plus dans leur budget santé. Les facilités de paiement, qui font déjà partie des habitudes de consommation dans d’autres domaines, sont une alternative pour continuer à prendre soin de sa santé.
  • La hausse de popularité des médecines douces est manifeste depuis quelques années. Les Français les connaissent et s’y essaient. Dans un contexte de budget contraint et d’arrêt de certains remboursements par la Sécurité Sociale, une meilleure prise en charge par les mutuelles pourrait favoriser leur développement.


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